SOURCE . Valeurs actuelles
Quand un préfet et un procureur mettent en garde : si nous ne disons pas non à la charia, « nous devrons vivre dans une autre France »
> Un texte frappé au coin du bon sens écrit par Claude Valleix, préfet honoraire, et Pierre Mérand, procureur général e.r.
Depuis une génération, les fondements de notre société subissent une pression religieuse sans précédent.
Depuis une génération, les fondements de notre société subissent une pression religieuse sans précédent. Lislam frappe à toutes les portes de la République et sefforce de pénétrer notre arsenal juridique pour obtenir un droit de cité de plus en plus large. Nous aurions tort de ne pas prendre garde à ce phénomène, car son développement risque de bouleverser ce qui fait lessence de la France.
À lépoque gallo-romaine, le christianisme a supplanté les vieilles croyances païennes, mais cette évolution spirituelle sest faite de lintérieur, contrairement à ce qui se produit aujourdhui. La deuxième religion de France est totalement importée. Pour des raisons historiques, dabord, du fait de la décolonisation ; par maladresse, ensuite, en accordant la nationalité française selon des procédures automatiques aux enfants de parents étrangers nés sur notre sol ; par la mise en place, enfin, de politiques dimmigration qui ont facilité laccès à notre territoire de populations en majorité musulmanes.
Des revendications inconnues jusquici se manifestent, les unes derrière les autres, jamais en bloc.
Leffet de masse a fait le reste. Des revendications inconnues jusquici se manifestent, les unes derrière les autres, jamais en bloc. Elles ne procèdent probablement pas dune manoeuvre délibérée, mais leur succession constitue un piège qui fonctionne à merveille, car il nous contraint à réagir au coup par coup. On mesure bien la fragilité de la riposte, qui sexprime par des mesures dinterdiction, souvent difficilement applicables. Si lécole a su faire respecter la réglementation du port du voile, cest parce que lopposition à cette marque ostentatoire de religion a fait lobjet dun large consensus, notamment au sein du monde enseignant, vigilant gardien de la laïcité. Dautres sujets, comme le port de la burqa ou la construction de lieux de culte, sont sources de débats et il faudra du temps pour que la justice dégage une jurisprudence qui simposera à tous les tribunaux, lesquels tranchent aujourdhui dans des sens divers.
Si nous pensons faire front en élevant des barrières juridiques chaque fois que nos fondements culturels et politiques sont menacés, nous échouerons.
Si nous pensons faire front en élevant des barrières juridiques chaque fois que nos fondements culturels et politiques sont menacés, nous échouerons, car elles sauteront toutes les unes après les autres, par difficulté à les faire appliquer. Nous serons victimes de nos propres règles, tout bonnement parce que la pratique de lislam, si éloignée de nos moeurs enracinées dans la morale judéo-chrétienne, exigera, au nom des libertés fondamentales, le droit à la nourriture halal, le droit à la pratique traditionnelle du culte à lécole et sur les lieux de travail, le droit pour un musulman dobtenir la garde dun enfant issu dun couple mixte, conformément à la loi musulmane, etc.
On commence à faire appel à un islam de France, en se fondant sur lorganisation cultuelle mise en place ces dernières années. Idée cartésienne bien de chez nous, mais sans efficacité et sans avenir. Linfluence du Conseil français du culte musulman sera toujours limitée, puisque lislam, échappant à toute structuration hiérarchisée, est étranger à nos formes dorganisation. Rien ne garantit en outre son invulnérabilité à des idéologies venues de lextérieur.
la charia gagne du terrain dans les banlieues, dans certains milieux éducatifs, dans lentreprise, dans le commerce.
Pendant ce temps, la charia gagne du terrain dans les banlieues, dans certains milieux éducatifs, dans lentreprise, dans le commerce, avec ces chaînes de distribution et dalimentation qui sadaptent à la demande dune clientèle musulmane, quand elles ne la précèdent pas. On ne sert plus de porc dans les avions, car il est plus simple de procéder ainsi que de proposer deux menus. On tend à banaliser la pratique dexception, par commodité, sans sapercevoir quelle devient la norme. Qui peut croire que nous pouvons continuer sur cette voie sans dommage pour léquilibre de notre société ?
Nous voilà avec des centaines de milliers de Français malgré eux, qui, à ce titre, présentent une force revendicative que nous aurons du mal à contenir
Il faudra bien dire que ces dérives sociales ne sont pas compatibles avec lordre public français, celui qui exprime létat de nos moeurs, en évolution constante et dont il revient au juge de préciser le contenu. Rôle redoutable, confié aux magistrats, alors que le bloc de linstitution judiciaire montre des fissures qui ne doivent sélargir à aucun prix.
Alors, que faire ? Commençons par faire preuve de lucidité. Notre politique de la ville est un désastre qui a englouti des milliards deuros. Des associations ont alimenté avec largent du contribuable un esprit communautariste au lieu de favoriser lintégration, à défaut de lassimilation. Nous voilà avec des centaines de milliers de Français malgré eux, qui, à ce titre, présentent une force revendicative que nous aurons du mal à contenir, et une immigration clandestine dont le poids est à redouter.
Tâche délicate, mais si nous ne le faisons pas, nous devrons vivre dans une autre France.
Un coup darrêt simpose pour dire clairement que la charia est incompatible avec nos principes républicains et notre culture héritée de deux mille ans dhistoire. Sans doute faudra-t-il préciser, en ranimant les vertus de la laïcité, les conditions dans lesquelles la religion musulmane peut être pratiquée sur le sol national. Tâche délicate, mais si nous ne le faisons pas, nous devrons vivre dans une autre France, et nombreux seront ceux qui ne laccepteront pas. Il sera alors trop tard pour le regretter.
Claude Valleix, préfet honoraire, et Pierre Mérand, procureur général e.r.