La
France en perdition Faites passer au plus grand nombre
De José BRICE, délégué UNSA
Police OPJ Région Alsace, de Colmar.
« Je suis fatigué des polémiques quasi quotidiennes envers la Police
nationale. Depuis quelques temps, la déontologie douteuse, déverse à travers
les journaux, des inepties, des mensonges, bref tout sauf la vérité. Dans l'œil
du cyclone médiatique les gardes à vue.
Je suis fatigué de la présomption de culpabilité, très populiste, que
l'on attribue systématiquement aux policiers.
Mais que fait la Police ? Sempiternelle question.
Et bien je vais vous le dire, la Police passe son temps à se défendre des
diatribes, des diffamations, des mensonges honteux, dont on la salit.
Elle passe son temps à se défendre des accusations dont elle fait l'objet de la
part de ceux pour qui, l'ignorance des uns et la cupidité des autres terrassent
un jardin fertile pour répandre sur une profession l'opprobre et le
discrédit.
Trop de Police, pas assez de Police ? Trop de gardes à vue, trop d'interpellations
?
Trop de violences, trop de délinquants ? Faut savoir !
J'invite tous les philosophes de salon, toutes les bonnes âmes charitables,
tous les donneurs de leçons, vous savez ceux qui savent tout et qui ne font
jamais rien, à venir faire des contrôles de Police la nuit dans un quartier
difficile.
Je les invite à venir interpeller eux-mêmes un individu rendu extrêmement
violent sous l'effet de la drogue.
Je les invite à venir faire eux-mêmes des constatations sur un cadavre
déchiqueté ou en putréfaction.
Je les invite à venir annoncer à une mère de famille en pleine nuit qu'un de
ses enfants est mort, tombé sous les balles d'un caïd de la rue.
Je les invite à venir entendre une femme violée et lui expliquer ensuite que
son agresseur n'a pas bénéficié de l'intégralité de ses droits, qu'il n'a pas
souhaité s'exprimer et qu'elle ne saura jamais pourquoi elle s'est fait violer,
elle, sauvagement, sans aucun respect et qu'elle ne fera jamais
son travail d'oublié nécessaire à sa reconstruction psychique
!
Je les invite à se réveiller tous ces « démocrates » du pays merveilleux
où les délinquants ont élu domicile.
Eh debout ! Regardez la société en face. Arrêtez de vous cacher derrière
des directives européennes qui mettent sur le même pied d'égalité
un voleur de chapeau au fin fond du Tyrol et un voyou professionnel
d'une cité du 93. A qui allez-vous faire croire que la réforme en cours va
stopper la délinquance ?
Et puis non, à bien y réfléchir, je ne les invite pas. Être policier
c'est être pragmatique, c'est être plongé quotidiennement au cœur des
maux de cette société qui a tellement honte d'elle qu'elle cherche à tout
prix un coupable et, qui désigne sa Police parce que c'est à elle,
à qui on demande de régler tous les problèmes.
Non
définitivement, je ne les invite pas. Ils me fatiguent, qu'ils continuent à
observer la société tranquillement assis dans leur fauteuil, à
refaire le monde à coups de bons sentiments et d'angélisme, moi je travaille et
avant tout pour les victimes. Les autres me
fatiguent.
Je suis fatigué d'entendre parler de la réforme de la garde à vue à
longueur de journée. Et la réforme de la garde à vue, c'est pour quand
?
Le droit au silence, la présence de l'avocat ? Je suis fatigué de voir des innocents,
aux mains pleines mais le visage dissimulé sous une cagoule, venir
se plaindre devant les écrans de télévision de leurs conditions de leur
rétention mais qui oublient bien souvent les raisons de cette même
rétention !
Je suis fatigué de les entendre parler d'un pays
d'oppression et de répression comptabilisant près de 700 000 gardes à vue en
2009. Tiens une petite question, combien de récidivistes dans ces
700 000 ? Combien ont été placés en garde à vue plusieurs fois au cours
de cette même année 2009 ?
Je suis
fatigué d'imaginer m'excuser à chaque fois que je placerai en garde à vue un
violeur, un voleur, un truand ou un bandit à qui j'offrirai un matelas, une
couverture, un repas chaud, la visite d'un médecin, un avocat et pourquoi
pas bientôt la télévision numérique avec un bouquet thématique sur la justice
et le droit, le tout au frais du contribuable !
Je suis fatigué de payer des impôts pour que les avocats se paient sur la
bête qui chaque jour se délecte à faire se dépecer, cette bête
malade de son système que l'on appelle la Justice. Saint Louis, toi
qui avais choisi la justice divine, tu avais bien raison de ne pas croire
en celle des hommes. Regarde-les, ils sont devenus fous, deux minutes
de lumière dans un Palais de Justice les exemptent de toute morale.
Ces hommes
?
Qui sont-ils ? Des abreuvés d'illusions cherchant à se faire un nom ou
une gloire, sans état d'âme, sans même prendre le soin de savoir si
le bien est encore une valeur ! Défendre à tout prix au risque de
mépriser une victime, excuser l'inacceptable, relaxer pour la gloire,
pour espérer avoir son nom dans le Dalloz, juste un jeu pour
certain, un jeu aux règles changeantes sans cesse.
La femme
violée ? La femme battue ?
Quelle importance ? L'argent n'a pas d'odeur, ou alors celui du mépris et des
larmes !
Je travaille pour mon client, dernière réflexion d'une avocate à peine
pubère lorsqu'elle exhorte à son client de se taire et de ne
pas présenter d'excuses aux victimes de ses agressions sexuelles.
Mais où est la Justice ? Non, je ne suis plus fatigué, je suis écœuré,
dégoûté, indigné, la Justice n'a plus aucun sens quand elle dérive à
ce point, et le pas avec l'injustice est allègrement franchi.»